_______________________________________________________________________________________TasteUne jolie brune sort d'une maison ressemblant à un manoir hanté. Le bâtiment est encore plus lugubre à la lumière des lampadaires. Refermant la porte dans un fracas, la jeune femme a les cheveux projetés en arrière par le vent frais de la nuit. Elle remonte le col de sa chemise pour ne pas sentir l'air s'insinuer vers sa peau. Ses mains marquent la mesure de ses pas alors que son index se cogne contre sa paume après chaque mouvement. Un tic parmi tant d'autres. Le regard de la jeune femme est bordé de noir et il se perd vers l'intérieur dans une calme verdure. À mesure que les rues la rapprochent de sa destination, elle ralentit la cadence, partagée entre le devoir et l'envie. L'asphalte laisse place à une promenade de bois qui plonge vers un immense quai où sont amarrés une multitude de bateaux. Les chaloupes côtoient les yachts de plusieurs millions. Perdu entre toutes ces embarcations, un voilier de taille modeste aux voiles noires se tient tout proche du quai et sa coque grince contre le bois élimé. La jeune femme dont les cheveux prennent des reflets de feu sous la lumière du phare qui est encré à la berge monte à bord du voilier discret, mais luxueux. À l'aise sur le pont, elle se dirige vers la cabine et y entre sans même cogner.
Taste« Oh tu es là ma puce » dit un homme d'une quarantaine d'années. Il est habillé d'un pantalon beige à pli et d'un polo noir. À ses doigts, plusieurs bagues en or dont une montée d'un saphir impressionnant lui donnent une prestance inégalable, peu importe sa tenue décontractée. « Ça tombe bien, je devais te parler. Je vais devoir repartir pour l'Afrique de l'ouest vers la fin de la semaine, je voulais savoir si tu as besoin de quelque chose avant mon départ. »
TasteLa jolie brune lève un regard peiné vers son père, mais pas un mot ne sort de sa bouche. Elle ne suppliera pas de ne pas la laisser toute seule dans cette maison effrayante, dans cette école sans âme, dans cette ville hostile. L'adolescente se sent abandonnée. Il y a toujours plus important qu'elle et elle ne s'en plaint pas. La solitude est pourtant pesante et le c½ur réclame plus. Son père la prend dans ses bras puis la met à la porte prétextant des affaires importantes à régler. « Je t'appellerai, ma puce. Oh, Evie, fais attention à toi, tu veux bien ? » La jeune femme ne répond que par un hochement de tête. Elle est habituée à être seule. Ce n'est pas la première fois. Pourtant cette ville est encore pire que la précédente, mais son père a insisté pour qu'elle vienne s'installer ici, en plein milieu de l'année scolaire. Des envies ridicules de la part d'un homme qui peut tout se permettre. Evie repart comme elle est venue. Il aurait pu se contenter d'un coup de fil cette fois, songe la jolie brune.
_______________________________________________________________________________________
TasteDans le stationnement de la marina, tout près de la plage, une Mustang noire est immobile. À quelques mètres de cet endroit, sur le sable blanc, Kaycee danse les yeux fermés. Elle tourne et se cambre. L'étonnant ne réside que dans le fait qu'elle ne renverse pas une goûte de la flasque métallique qu'elle tient entre ses doigts. Un peu plus loin, d'autres présences se distinguent à peine de l'obscurité. Elles ne sont que deux point rouges dont la fumée est lentement dispersée par l'air marin. Deux silhouettes masculines aspirent de la mort en bâton dans un silence total, qui n'est chassé que par les rires non retenus d'une jolie blonde dont les cheveux sont fouettés par la brise.
TasteLeur petit groupe est admiré. Beaucoup donneraient cher pour pouvoir se saouler avec la jolie blonde, pourtant, ils n'admettent personne d'autre. Il y a autre chose que de l'amitié ou de l'amour qui les lie, mais ils ne sauraient identifier ce lien spécial. Il est possible qu'ils n'en aient même pas conscience. Pourquoi trois adolescents se soucieraient de ces détails alors qu'ils sont jeunes et qu'ils ont le monde à leur pieds? La nuit leurs appartient, pourquoi se priver de sa douce liberté ?
TasteUn peu plus loin, une jeune femme regarde le petit groupe par dessus le col de sa chemise. Elle n'éprouve pas l'envie de les rejoindre, ni celle de partir pour se retrouver seule. C'est qu'elle se sait à sa place à les contempler de loin. La nuit cache la frêle silhouette d'Evie dont la mince chemise est collée à son corps et transpercée par le vent. Les étoiles sont sous le voile opaque de nuages qui couvre le ciel. Evie sait qu'un orage s'approche. Son c½ur s'excite. Elle adore sentir le tonnerre exploser au rythme de son pouls. Elle aime sentir l'orage gronder à travers le fil de ses émotions. Comme si la pluie déchaînée ne tombait que pour sa personne. Comme si au moins une personne était témoin de sa présence. Mais ce ne sont que des songes.
TasteSur la berge, la sublime blonde est à bout de souffle et se laisse tomber dans le sable, salissant probablement ses vêtements impeccables. Kaycee n'est que légèrement vêtue, mais elle ne ressent pas le froid. Elle est bien et elle n'a pas de mère pour lui rappeler sans cesse de prendre un manteau ou de ne pas partir sans une veste. La chair de poule qui couvre ses bras est une caresse agréable qui accentue la douceur du vent jouant dans ses cheveux. Tom a les mains bien ancrées dans ses poches et Luke frotte ses paumes ensemble pour les réchauffer.
TasteEvie sent l'air se gorger d'humidité. Son c½ur s'excite comme s'il était amoureux. L'attente est un divin supplice. Levant la tête vers le ciel, elle ferme les yeux et profite de la première goutte d'eau qui glisse contre sa peau. Elles se succèdent maintenant à une telle vitesse que la jeune femme est trempée. Pourtant cela n'a aucune importance. Rien d'autre n'importe lorsque le ciel nous fait un pareil cadeau. Evie sourit et un rire enfantin sort d'entre ses lèvres. Le son mélodieux est étouffé par l'averse et l'appel lointain du tonnerre. Certains ont besoin de si peu pour être heureux. La nature se doit bien de le leur accorder. L'étrange dans cette situation, c'est que quiconque aurait regardé les prévisions météorologique à la télévision y aurait vu une annonce de temps doux et sec. Pourtant il n'est pas rare que les spécialistes se trompent, la météo est une science si peu fiable.
_______________________________________________________________________________________